Consolidation des connaissances sur la contamination de la faune halieutique par le chlordécone autour de la Martinique et de la Guadeloupe (Projet "CHLOHAL")

Type Rapport de contrat
Date 2015-10
Langue(s) Français
Auteur(s) Dromard Charlotte1, Allenou Jean-Pierre1, Bouchon-Navaro Yolande, Lemoine Soizig, Thouard Emmanuel, Reynal LionelORCID1, Bertrand Jacques1, Bouchon Claude1
Editeur IFREMER
Version rapport final
Résumé

Le projet CHLOHAL comportait deux études. La première portait sur la cartographie de la contamination par la chlordécone des espèces halieutiques autour des îles de la Martinique et de la Guadeloupe ; la seconde avait pour but d'analyser le cheminement de cette contamination dans les réseaux trophiques des écosystèmes côtiers (mangroves, herbiers de Phanérogames marines et récifs coralliens), dans le but d'élucider les mécanismes de transfert de cette pollution vers le milieu marin.

 L’étude cartographique de la contamination des espèces halieutiques dans les deux îles du projet Chlohal confirme l’image globale de la sensibilité des zones polluées identifiées par les études antérieures. Elle met cependant en évidence des concentrations significatives sur certaines espèces dans des zones jusqu’alors considérées comme faiblement contaminées mais insuffisamment échantillonnées. Ces résultats, et ceux obtenus dans l’étude sur la transmission au sein des réseaux trophique sur deux sites contaminés de Guadeloupe, posent la question d’une extension des limites des zones d’interdiction ou de restriction de pêche pour certaines espèces.

 L’étude de la dynamique de la contamination suggère qu'une des voies d’entrée importante de la chlordécone dans les réseaux trophiques marins se fait par bain des organismes dans l’eau contaminée par cette molécule. Les arguments principaux en faveur de cette hypothèse sont : 1) il existe un gradient décroissant du niveau de contamination des organismes depuis la côte (source de la pollution) vers le large ; 2) la bioamplification de la chlordécone le long de la chaîne alimentaire est modérée, ce qui ne serait probablement pas le cas si la voie de contamination  était uniquement d’ordre alimentaire. Par ailleurs des expérimentations menées parallèlement en laboratoire, et non encore publiées, ont montré que des poissons et des crustacés placés dans des bacs contenant de l’eau contaminée par de la chlordécone se contaminaient rapidement.

Toutefois, bien que modeste, le phénomène de bioamplification existe et une élévation de la contamination des organismes en fonction de leur niveau dans la chaîne alimentaire a été observée. D'une façon résumée, celle-ci augmente depuis les sources primaires de carbone (bactéries du biofilm, plantes.) vers les carnivores mangeurs d'animaux invertébrés, puis vers les poissons piscivores situés au sommet du réseau trophique.

L'étude montre l'existence d'importantes variations intra et interspécifiques des concentrations en chlordécone mesurées. Afin de mieux comprendre ce phénomène, des analyses isotopiques du carbone et de l'azote apporteraient des informations cruciales sur le fonctionnement des chaînes alimentaires, en facilitant l'identification des sources de carbone. Les analyses isotopiques sont des outils complémentaires aux analyses écotoxicologiques pour tracer le cheminement des polluants dans les réseaux trophiques.

Compte tenu de leur niveau de  contamination relativement  élevé, il semble que les "matières en suspension" dans l'eau (MES) jouent un rôle important dans l'introduction de la molécule par la voie alimentaire dans les trois écosystèmes. Ces MES sont constituées de matière organique particulaire morte associée à des bactéries, de phytoplancton (plancton végétal) et de zooplancton (plancton animal). Prise en compte d'une façon globale dans le projet  Chlohal, cette source de carbone mériterait une étude plus détaillée, en fonction de ses divers constituants, pour mieux appréhender son rôle dans la contamination des organismes par voie trophique. De même, l'étude de la cinétique de contamination et de décontamination des organismes est une perspective particulièrement intéressante dans la compréhension de ce phénomène, ainsi que dans la perspective de décontaminer des espèces à haute valeur commerciale (langoustes...) en les faisant stabuler en eau propre.

La chlordécone dissoute dans l’eau pouvant être une  voie de contamination importante des organismes marins dans certaines conditions, il est  important désormais d’étudier la dynamique de ce phénomène dans les eaux  estuariennes et marines côtières. Techniquement, une telle étude passe par la mise en place d'"échantillonneurs passifs" dans les écosystèmes marins côtiers, dispositifs permettant d'intégrer la cinétique de cette contamination de l'eau.

Enfin, aucune étude n'a été menée à ce jour pour mesurer les impacts de la chlordécone sur la biologie des organismes marins (reproduction, recrutement larvaire, croissance.), afin d’évaluer les conséquences à long terme de cette pollution sur le fonctionnement général des écosystèmes marins côtiers.

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Comment citer 

Dromard Charlotte, Allenou Jean-Pierre, Bouchon-Navaro Yolande, Lemoine Soizig, Thouard Emmanuel, Reynal Lionel, Bertrand Jacques, Bouchon Claude (2015). Consolidation des connaissances sur la contamination de la faune halieutique par le chlordécone autour de la Martinique et de la Guadeloupe (Projet "CHLOHAL"). https://archimer.ifremer.fr/doc/00429/54058/